Tu es plus belle que le ciel et la mer

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amant quitte ton amante
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

Il y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'oeil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924
Re-self-construction

Tiens, j'me r'mets à chanter des chansons à la con, moi.
Ça faisait longtemps. Ça fait du bien !
HumouR

4:30 AM

des lambeaux de chair
accrochés à des doigts gluants
des bris de verre
des débris de rêves
enfouis dans des sables mouvants
des mémoires d'enfants
oubliées - les enfants
aux visages trop sages
presque impassibles
des nez cassés
des dents ébréchées
des yeux qui coulent
un rhume, le brouillard
une quête de l'identité
maladroite
une autopsie
peu concluante
des temps anciens
- tête contre un lavabo -
des murmures
quelques lumières
des lambeaux de peau
des morceaux, des bouts, des fragments
des pièces qu'il faut assembler
des ustensiles dépareillés
des choix fragiles
un outillage enfantin
l'envie de revenir
le désir de se retourner
la fatigue
et la foule romaine
qui se méconnaît
l'absence
de tout
de soi
de toi
de l'être aimé, forcément cher
férocement cher, férocement absent
la présence
de soi, de l'absence que je ne
comprendrai jamais
la peur
de tout - de soi - de toi
de moi surtout
le désir qui ne fait qu'empirer
des lambeaux de vie
des copeaux, des rognures, des filaments
des lueurs qui s'étiolent
des papillons - des baisers
quelques grenouilles
une vieille mare
observée par une chouette
un hibou peut-être
une vieille chanson
transmise d'être en être
des grains, des tâches, quelques coulures
Tous les papas meurent
la vieille rengaine
la tâche accomplie
tous les papas meurent Hushpuppy
tous
quelques soupirs, allaitements brefs
quelques lignes, quelques mots
un regard, une pensée
souhaite-moi une bonne nuit
mon amour